La petite robe bleue.





Je suis entrée par la cuisine, elle savait ma présence, elle chantonnait : de ces chansons, de ces airs et de ces refrains qui n'appartiennent qu'aux enfants. J'ai vu quelques taches bleues se dessiner sous mes pas. J'ai trouvé l'idée plutôt jolie avant de la trouver plutôt affolante en me disant que les premières impressions étaient toujours les meilleures. Lucie, elle, n'avait rien d'une première impression. 

L'expression sur son visage hésitait entre l'éclat de rire (écho à ma propre expression) et la timidité mensongère (écho à la première bêtise d'une longue série qu'elle prenait la peine de soumettre au pardon). 

L'expression globale de la scène pouvait être assimilée à une mauvaise blague (heureusement pour elle, j'ai de l'humour et je ne suis pas propriétaire de la maison). Du bleu, partout : le mur, ses jambes, ses pieds, le sol et un rouleau derrière lequel elle se planquait. L'ensemble ressemblait à une photographie de Martin Parr.
Et puis, elle a dit... :

- " Il est beau mon dessin ?"
- Silence.

- " Tu l'aimes pas ?"
- Silence + sentiment de me faire engueuler en plus.

- " Je peux en faire un nouveau si tu l'aimes pas "
(Ok, bon je l'ouvre maintenant )

- " Disons que j'aurais mis un peu de rose, non ?"
(T'as plus con comme réponse ? ou plus appropriée peut-être ?)

- "J'aime pas le rose"

- "Moi non plus, finalement"

La vie soudainement, avait du chien. J'ai pensé que son dessin avait le mérite d'exister, peu importe la place qu'il prendrait. J'ai pensé que le bleu, finalement, c'était pas si mal. J'ai pensé à tout sauf à ses parents qui rentraient. 

Ce matin là, elle n'aimait pas le rose et elle portait une petite robe bleue.
C'était notre première bêtise.